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Qu’entend-on par « protéger » ?

Dans cet article, nous allons parler de la manière de protéger ses photos et d’éviter qu’elles soient réutilisées par une tierce personne, dans une logique d’abus de votre travail et de profit, une fois partagées sur le web.

Il faut dans un premier temps définir pourquoi l’on souhaite protéger son travail. Est-ce la peur d’être réutilisé par un professionnel qui en tirera profit abusivement ? Est-ce la volonté de contrôler son image à tout prix, au risque de perdre en diffusion ? Chacun aura sa réponse. Et dans la plupart des cas, la meilleure protection sera… aucune protection. Ceci n’empêche pas un partage intelligent et adapté de ses photographies.

Recherche Google Image avec le mot-clé Photographie
Recherche sur Google Image avec le mot-clé Photographie.

Protéger une image contre son téléchargement, ça n’a pas de sens. Lorsque l’on visite une page web contenant une image, par définition, l’image doit être chargée sur le terminal de l’internaute (ordinateur, téléphone…), dans une zone appelée « cache », pour être affichée à l’écran. C’est le fonctionnement même du web. Vous pouvez (re)lire notre article de vulgarisation du fonctionnement du web, orienté pour la photo, pour comprendre ces bases.

Nous allons voir dans cet article les moyens de limiter l’accès et la copie des photos visionnées par l’internaute mais aussi les manières de copier ces photos… qui rendent toutes sans exception caduques ces protection.

Deux protections classiques et leurs défauts

Empêcher le clic droit

Pour télécharger une image sur un site web, la méthode simple et efficace proposée par le navigateur est d’effectuer un clic droit dessus, puis de choisir « Enregistrer l’image sous… » (par exemple avec le navigateur Google Chrome). Ceci aura pour effet de sortir l’image du cache de l’ordinateur et de l’enregistrer définitivement ailleurs sur l’ordinateur, dans un dossier « Téléchargement » par défaut ou ailleurs, au choix de l’internaute.

La protection envisagée serait donc d’empêcher l’internaute d’utiliser le clic droit. Un simple bout de code Javascript permet de faire ça, si toutefois vous faites votre site Internet seul :

document.addEventListener('contextmenu', event => event.preventDefault());

Des outils comme WordPress proposeront l’option sous forme de plug-ins divers. Sauf que… c’est inutile et surtout gênant. Inutile, car les navigateurs modernes ont une option ou des extensions empêchant d’empêcher le clic droit. Gênant, car l’internaute sera plus agacé qu’autre chose et trouvera rapidement un moyen de contourner ça pour télécharger l’image. Enfin, cela bloquera aussi toutes les autres options accessibles depuis le clic droit sur une page : ce n’est pas très sympa d’embêter vos visiteurs avec ça !

De manière générale, en construisant un site web, on évitera toutes les méthodes de ce genre visant à aller à l’encontre du fonctionnement natif du navigateur web.

Le site 500px, par exemple, empêche le clic droit sur les photos : c’est une grave erreur qui a pour seul et unique but de rassurer les novices.

Ajouter une signature ou un filigrane (watermark)

Vous avez vraiment envie d’ajouter du texte sur vos images dans le seul but de les protéger ? Soit c’est assez présent pour empêcher l’effacement et donc vraiment, vraiment moche… soit c’est assez petit pour être effacé facilement (Photoshop rapide ou recadrage de l’image), tout en restant moche. Mon conseil : ne le faites pas, respectez vos photos.

Photo avec filigrane / watermark
Seul intérêt de la signature : les banques d’image. « Bad Girl » par f.d. walker.

Le filigrane peut seulement s’envisager dans l’optique d’une banque d’image ou l’on veut montrer un petit aperçu d’une image à un client.

Comment récupérer une image, même protégée ?

Outre le téléchargement d’une image à partir d’un simple clic droit, il existe de multiples autres possibilité pour lesquelles aucune protection n’y peut rien. En voici quelques unes :

La touche « Menu contextuel » du clavier

Cette touche n’est pas disponible sur les clavier Mac mais présente sur la plupart des autres claviers. Elle permet de faire l’équivalent du clic droit de la souris à partir du clavier et donc contourne la protection empêchant le clic droit. À noter que l’on peut aussi empêcher l’utilisation de cette touche sur une page web, comme pour le clic.

Touche menu contextuel sur un clavier Microsoft Designer Bluetooth Desktop
Touche menu contextuel sur un clavier Microsoft Designer Bluetooth Desktop.

Outils de développement du navigateur

Chaque navigateur moderne, sur ordinateur, possède ce qu’on appelle des outils de développement. Ils permettent notamment d’afficher la « Source » d’une page web (le code que vous transforme le navigateur en une belle page web). Chaque photo affichée sur une page web possède une URL (adresse web) qui lui est propre et qui permet d’y accéder. Il suffit de repérer cette URL pour télécharger l’image directement. Impossible de contourner cela.

Liste des médias de la page avec Firefox

Sur le navigateur Mozilla Firefox, il existe un outil accessible via le menu « Outils », appelé « Informations sur la page ». On y trouve un onglet « Médias » listant tous les médias, et donc les photos de la page web, avec pour chacun un bouton « Enregistrer sous »… rien de plus simple !

Informations sur la page, onglet Médias, sur Firefox
« Informations sur la page », onglet « Médias », sur Mozilla Firefox

La capture d’écran (screenshot)

La manière la plus simple reste encore la capture d’écran ! Simple touche sur le clavier (Impr écran) ou raccourci sur Mac (⌘ + Maj + 4), cela permet de créer une image à partir de ce qui est affiché à l’écran. Ce n’est pas la plus qualitative mais c’est par contre la plus rapide et la plus simple après le clic droit.

Adapter ses images avant de les diffuser

Vous l’aurez compris, protéger ses images contre le téléchargement, c’est illusoire. Au mieux, on ne peut que tenter de le décourager pour les novices. Les novices sont-ils ceux de qui l’on souhaite protéger ses photos ?

Au lieu de perdre un temps de mise en place technique de protections inutiles, posons-nous les bonnes questions. Si l’on souhaite que nos images soient vues, elles seront téléchargées ne serait-ce que pour les afficher. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas limiter leur réutilisation, ni essayer de suivre leur diffusion.

Une taille d’image adaptée

Pour être réutilisée sérieusement, une image aura besoin d’avoir une taille suffisante. Ceci n’étant pas forcément vrai pour le web, ça le sera pour l’impression et la production professionnelle. On pourra donc, lors de l’export d’une photo, en créer une version spécifique pour le web en limitant sa taille. Une taille assez grande pour laisser l’internaute apprécier une photographie tout en limitant sa réutilisation est d’environ 2000 pixels sur son côté le plus large. Par convention, on exportera avec une largeur de 2048 pixels.

Note : lors de l’export d’une photo pour le web, spécifier la densité de pixels (dpi ou ppp) n’a absolument aucun sens. Spécifiez n’importe quelle valeur (1, 72, 3 millions…), il n’y aura aucune incidence ni sur la taille ni sur le poids de la photo exportée.

Compléter les métadonnées EXIF

Un fichier exporté pour le web, généralement au format JPG, peut contenir plusieurs informations en plus de l’image elle-même. Les données EXIF, que vous connaissez probablement, en font partie. Elle permettent d’accompagner la photo, au sein du fichier JPG, de quelques infos de prise de vue (ouverture, temps d’exposition, valeur ISO…). Ces données EXIF peuvent être très, très complètes et renseigner aussi les informations de copyright.

Édition des métadonnées EXIF et données de Copyright sur Lightroom
Édition des métadonnées EXIF et de Copyright sur Lightroom

Ajouter et éditer des métadonnées EXIF, comme le copyright / droit d’auteur, peut se faire directement à la prise de vue, depuis votre appareil photo, selon le modèle ; tous ne le proposent pas. On peut aussi le faire dans la plupart des logiciels de gestion d’images tels que Lightroom. Enfin, un outil permet d’éditer intégralement les données EXIF, mais pourra en rebuter certains par sa complexité apparente : Exiftool.

Trouver les occurrences de ses photos sur le web

Voici une petite astuce qui vous permettra d’avoir un aperçu de l’utilisation de vos photos sur Internet : l’outil de recherche inversé de Google Image.
Pour l’utiliser, il suffit de se rendre sur la recherche par Image de Google et de cliquer sur l’icône d’appareil photo. En téléversant une image ou en inscrivant son URL si elle est déjà sur le web, Google recherche pour vous les autres occurrences qu’il a référencé ailleurs sur le web.

Recherche Google par image
Recherche Google par image

Utiliser un tatouage

On voit plus récemment émerger des nouveaux outils permettant de marquer vos images de manière complètement invisible et ineffaçable. On peut citer Digimarc et Ascribe ou encore les français de chez Imatag. Ces services permettent de référencer vos photographie et de suivre leurs utilisation à travers le web, puisqu’elles sont tatouées. Ce système permettrait de retrouver les utilisations abusives de vos images, qu’elles soient retaillées, compressées ou recolorisées.

Imatag
Imatag : imatag.com

Préférer le partage à la protection

Vous l’aurez compris à travers cet article, la solution, si l’on veut montrer ses images sur le web, c’est de ne pas les protéger mais de les suivre. Il faut, avant même se poser la question de la protection, se poser la question de notre réelle volonté d’empêcher le partage de nos images. On préférera toujours partager ses photos plutôt que de les brider en les sur-protégeant. Bien entendu, cela ne veut pas dire laisser leur libre utilisation à n’importe qui. Empêcher un petit groupe de musique ne faisant de profit ou un petit blog amateur d’utiliser vos photos n’est pas à mettre dans le même panier qu’une utilisation publicitaire ou pour un gros tirage.

Enfin, dans tous les cas, évitez les signatures sur l’image ! Si vous avez peur qu’on ne sache pas que vous êtes l’auteur d’un cliché, laissez le cliché tranquille et accompagnez-le plutôt textuellement de votre nom à côté de l’image. Au passage, faites attention à ce que vos crédit soient notés là où votre photo est utilisée : ce n’est pas un luxe, c’est une obligation.

3 COMMENTAIRES

  1. Salut.
    Merci pour cet article.
    Il y ajuste une coquille au début du paragraphe « Préférer le partage… ».
    Bises.

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