Temps de lecture : 4 minutes  / Photo de couverture par Thomas Carrage

« Genesis », le projet du photographe franco-brésilien Sebastião Salgado, a ouvert de nouveau ses portes après une fermeture pendant la période de confinement.

Après des projets historiques marquants comme La Mine d’or de Serra Pelada, Exodus, Africa, ou encore le film « Le Sel de la Terre » (réalisé par Wim Wenders), Sebastião Salgado revient avec « Genesis ». Ce projet d’une grande maturité et sagesse – anthologie de photos autour du monde – présente la planète Terre dans ce qu’elle a de plus remarquable et caché.

L’exposition – dont la commissaire est Lélia Wanick Salgado, femme de Sebastião – est divisée en plusieurs grands espaces tous interconnectés, dont les murs sont peints de teintes colorées, tantôt pastels, tantôt vifs. Ces espaces sont dédiés à des parties de la planète comme « Africa », « Terres du Nord » ou « Sanctuaires ». Autant de zones remarquables où l’œil du photographe a été arrêté par divers paysages ou membres du règne animal et humain. Ces teintes murales permettent de faire ressortir des tirages en noir et blanc de très grande qualité, éclairés de façon simple et efficace, encadrés de bois brun discret. Les formats vont du modeste 40x60cm à quelques rares tirages de près de 2m de côté. L’art du tirage est abouti (voire visible sur certaines images pour les amateurs avertis), mais présente un contraste toujours parfait et permet une profondeur des images saisissante.
A l’arrivée dans la première salle, on n’embarrasse pas le spectateur de longs textes d’introduction, de problématisation complexe. Ici seules les images comptent et on comprend vite que leur impact rend beaucoup de textes superflus. Seules des plaques descriptives discrètes – parfois un peu difficiles à lire – proches de chaque image renseignent sur le lieu et la date de la photo (toutes datées entre 2000 et 2009).

Exposition Genesis par Sebastião Salgado à la Sucrière de Lyon - juin 2020
Exposition Genesis par Sebastião Salgado à la Sucrière de Lyon – juin 2020 – Photo par Thomas Carrage

« La planète comme terrain de jeu »

L’entrée dans l’exposition se fait par la section « Sud de la Planète », montrant des photographies de paysages insulaires antarctiques fascinants, presque extra-terrestres. On reconnait d’emblée certaines images marquantes du photographe, et on sent à travers le viseur la patience et la bienveillance, l’attention apportée à l’élément qui va créer un point d’interrogation sur l’image. On est également surpris par l’absence totale de trace humaine dans toutes ces premières images. Tout au long de l’expo, de grandes sections (Terres du Nord) sont entièrement exemptes de traces humaines. Ce n’est pourtant pas l’humain qui manque dans ce parcours : on trouve un grand nombre d’images présentant des cultures humaines isolées et reculées, portraits, scènes de vie et rituels de peuples éloignés de nos standards occidentaux.
Chose surprenante : on sent que le photographe aborde les paysages, les animaux et les humains avec le même œil : une forme d’amour universel et simple. On retrouve la même façon de traiter la texture d’une patte de dragon de Komodo que la texture d’une peau humaine scarifiée, la même fascination pour l’animal et l’humain, et pour cause, ils ne sont qu’un pour l’artiste. La parenté entre un groupe de lions faisant la sieste et une tribu humaine a rarement été aussi flagrante. Salgado cherche les formes et la texture, certaines photographies sont des chefs d’œuvre d’abstraction où seules des textures opposées jouent entre elles, façonnées par la lumière.

Exposition Genesis par Sebastião Salgado à la Sucrière de Lyon - juin 2020
Exposition Genesis par Sebastião Salgado à la Sucrière de Lyon – juin 2020 – Photo par Thomas Carrage

« Paradis perdu »

Le noir et blanc unifie les sujets et donne à l’ensemble de l’exposition une seule tonalité, une universalité presque un peu forcée.
Les humains représentés sont presque tous exclusivement nus ou vêtus de pagnes. Ils sont tous membres de ce qu’on appellerait des « cultures primitives ». Cet ensemble monochrome, en quelque sorte, transporte le spectateur dans une sorte de passé actuel, reflétant un « paradis perdu », ou en passe de l’être. En ne souhaitant pas montrer l’humain sous sa forme « occidentalisée », on pourrait prêter à Salgado un propos politique (visible en creux). De plus, les groupes culturels montrés en image n’ayant pas pour visée le progrès technologique ni la croissance, ils apparaissent dans ces images comme ils apparaissaient sur les photographies des premiers ethnologues à l’orée du 20ème siècle. On pourrait percevoir chez Salgado une envie de montrer la « Terre des premiers Hommes », la « Genèse » telle que le titre l’indique, une planète un peu fantasmée.

Exposition Genesis par Sebastião Salgado à la Sucrière de Lyon - juin 2020
Exposition Genesis par Sebastião Salgado à la Sucrière de Lyon – juin 2020 – Photo par Thomas Carrage

« Fascination »

Sebastião Salgado nous prend par la main et nous guide tout au long de ce parcours pour nous présenter sa vision de la planète. Un paradis pas encore perdu, rempli d’espaces non pas vierges mais débordants de vie (majoritairement non humaine), dont l’équilibre touche à la perfection et au miracle. Les humains sont représentés exclusivement en petits groupes d’individus, en symbiose avec le reste du vivant. Le spectateur ne peut être que fasciné par les formes de beautés aperçues et ressort de l’exposition avec une sensation étrange : celle d’avoir parcouru un monde à la fois réel et onirique avec un philosophe discret, lui montrant beaucoup sans dire un mot. Chacun y trouvera le message qu’il est prêt à recevoir.

Il faut noter que l’exposition se termine avec un chapitre sur la fondation de Salgado, l’ONG « Instituto Terra », consacrée à la restoration d’un écosystème complet dans une zone du Brésil. Les photos présentées en petits formats sont en couleur.

Infos Pratiques

Exposition réouverte depuis le 3 juin 2020.

https://www.expo-salgado.com/infos-pratiques/

La Sucrière
49-50 Quai Rambaud
69002 Lyon

OUVERTURE : du mercredi au dimanche de 10h à 17h.
FERMETURE : les lundis et mardis.
Temps de visite à respecter : environ 1h30.
L’entrée se fait toutes les 30 min.

Réservation en ligne obligatoire, pas de billetterie sur place

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci de saisir votre commentaire !
Merci de saisir votre nom ici.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.