Temps de lecture : 4 minutes  / Photo de couverture par Thomas Carrage

Iconique

C’est le premier mot qui vient à l’esprit quand on voit l’affiche de ce qui s’annonce comme un évènement clé de 2019 pour la communauté photo de Lyon : l’exposition de Steve McCurry à la Sucrière. Iconique, c’est le mot pour désigner la « jeune fille afghane », photo emblématique de l’auteur dont le visage s’affiche dans tout Lyon, depuis quelques semaines maintenant. En tout point il s’agit d’une icône, d’une référence presque religieuse à un travail photographique, une approche humaniste hautement valorisée dans les années 80, 90 et même 2000 par des publications comme National Geographic, dont cette image est presque devenue une définition.

On pénètre dans cette exposition un peu comme dans un labo photo. L’ambiance est sombre, du tissu noir recouvre une bonne partie des tableaux. Dans l’ambiance froide des murs en béton de la Sucrière, la saturation des tirages d’Ekta ou de Kodachrome et les regards humains capturés en photo apportent une chaleur inattendue et bienvenue.

Exposition de Steve McCurry à la Sucrière de Lyon - février 2019
Exposition de Steve McCurry à la Sucrière de Lyon – février 2019 – Photo par Thomas Carrage

La première salle est consacrée aux seules images noir et blanc de l’exposition, de combattants afghans du tout début des années 80. Ensuite, dès les premiers pas dans la très vaste double salle suivante, on sait que l’on met les pieds dans une exposition photo travaillée attentivement, méticuleusement, aussi bien destinée aux spécialistes de l’image qu’au grand public. Plus aucune photo noir et blanc, le règne de la couleur commence.

La lumière et l’humain

La déambulations parmi ces images mène l’oeil vers certaines photographies tellement vues sur toutes sortes de supports plus ou moins réussis qu’il en est presque émouvant de se trouver face à un grand tirage original. On peut aussi apprécier des images rares ou inconnues, non moins réussies, qui complètent la vision de l’auteur et éclairent parfois avec finesse et justesse les images reconnues juste à côté.

Exposition de Steve McCurry à la Sucrière de Lyon - février 2019
Exposition de Steve McCurry à la Sucrière de Lyon – février 2019 – Photo par Thomas Carrage

L’audioguide fourni par le musée permet de découvrir Steve McCurry lui-même nous racontant l’histoire particulière d’un bon nombre d’images (en anglais, sinon traduites en français). Cela permet pendant un court instant de participer au voyage, de comprendre les conditions politiques de l’époque, de presque faire partie de l’équipe de l’artiste l’espace d’un instant. Mais surtout, on découvre un homme à la mémoire exceptionnelle (ou très organisé au niveau de ses notes), se souvenant de chaque détail, du contexte de chaque image exposée. Il détaille ses souvenirs sur le terrain, l’interaction qu’il a eu avec les sujets de ses photos, la lumières dont il a bénéficié ou qu’il a su attendre, ce qui l’a touché personnellement dans cette scène photographiée…

Plus on avance dans l’exposition, plus on se surprend à aller voir les dates annotées discrètement sous chaque image. En vérifiant ces dates, on constate deux choses : Steve McCurry a une démarche, bénéficie d’une vision, en apparence très simple, sélectionnant des sujets souvent intemporels, des cérémonies traditionnelles aux simples portraits, presque impossibles à dater. Et l’on prend conscience de la véritable dimension humaniste de son approche (qui est aussi celle de National Geographic !) : l’humain est au centre, que ce soit des portraits ou des pratiques ancestrales ancrées dans une culture (son travail sur les pêcheurs !), l’humain est toujours au centre, présenté de façon souvent calme, apaisé ou appliqué. L’effervescence et le bruit incessant que l’on imagine dans les rues de Calcutta s’étouffe un instant, pour permettre de révéler uniquement le regard, les couleurs et la lumière d’un homme ou d’une femme.

Exposition de Steve McCurry à la Sucrière de Lyon - février 2019
Exposition de Steve McCurry à la Sucrière de Lyon – février 2019 – Photo par Thomas Carrage

D’un côté plus technique, on appréciera également le travail de développement numérique et de tirage effectué sur les clichés récents (en numérique à partir de 2004 à priori) pour proposer un rendu très homogène avec les diapositives Kodachrome et autres films inversibles des années 80. La taille et la qualité des tirages est également tout à fait remarquable. La scénographie et l’éclairage de l’exposition – d’une très grande sobriété – laissent la place à l’image, aux regards vifs et à la lumière capturée dans chaque vêtement coloré des sujets.

Une exposition à ne pas manquer donc, du 6 février au 26 mai 2019, de 10h à 18h à la Sucrière, Lyon Confluence. Notez qu’acheter le ticket en ligne vous permettra d’éviter une file d’attente qui pourrait être longue, notamment le week-end.

Plus d’informations sur le site officiel de l’exposition :

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1 COMMENTAIRE

  1. En plus de l’humanisme, de l’histoire, des couleurs, il y a un sens de la composition absolument superbe. Une grande leçon de photographie pour ceux qui pratiquent cet art, un immense plaisir pour tous.

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